Je n'ai jamais su offrir mon cœur.
Ou je ne sais plus comment le faire.
Après tout, il est difficile de réellement croire en quelque chose de si fragile, de pourtant si vital, quand l'évidence même n'a pas su le cultiver. Quand elle l'a écrasé comme si de rien n'était, alors que tu ne pouvais pas encore te porter par toi-même.
Pourtant, j'en ai lu et même imaginé des histoires d'amours, des centaines, magnifiques et déchirantes. Mais dans les faits, je ne crois pas qu'un sentiment aussi fort puisse exister, pas ici du moins.
Et j'ai beau me persuader du contraire, parce que j'en ai vu des gens tomber amoureux, j'en ai vu des gens aimer leur famille comme une extension de leur propre corps, rien à faire, mon cœur à moi refuse de se laisser bercer d'illusions.
Il a longtemps été anesthésié. Si fort que j'ai longtemps vécu comme une ombre, un fantôme dans ma propre vie, parce que jamais rien, ni joie ni colère, ne m'atteignait. J'ai vécu avec un trou béant dans la poitrine, pas de cœur battant, pas d'organe fonctionnel. Seulement les restes d'un corps robotique dont les membres grincent et peinent à se mettre en mouvement. Un corps qui ne peut différencier le froid de la neige de la chaleur des rayons du soleil.
Un état étrange qui me hante, dont je peine à réellement me souvenir, mais dont je n'oublierai jamais aucun détail, même le plus insignifiant.
Un jour, j'ai rencontré quelqu'un. Enfin, je le connaissais depuis longtemps, mais c'était la première fois que l'on se parlait. Qu'il me parlait, parce que, moi, je ne parle pas, non. C'était la première fois que nos regards se croisaient — pas qu'ils se croisaient pour la première fois, mais plutôt qu'ils s'accrochèrent l'un à l'autre. C'était la première fois que l'on s'arrêtait et que l'on se voyait vraiment. Ce n'est que là que je l'ai réellement identifié, parce qu'avant ça, il n'était qu'une tache que je reconnaissais de loin, une silhouette que j'avais l'habitude de croiser mais dont j'ignorais tout de l'existence.
Il m'a dit une chose que je ne peux pas oublier, parce qu'il l'a souvent répétée par la suite.
"Tu ne vis pas."
Je le savais. Je l'ai toujours su et j'ai dû l'écrire quelque part, mais ce qui me retient, c'est : comment quelqu'un de l'extérieur a-t-il pu ne serait-ce que le remarquer ? La première chose que je me suis demandée c'est : mais qu'est-ce que ça peut lui faire ?
Parfois, je me dis que si je ne l'avais pas regardé dans les yeux ce jour-là, il n'aurait sûrement pas été aussi insistant par la suite, parce qu'il ne m'a plus lâchée d'une semelle malgré toutes mes tentatives pour l'éviter. Le plus surprenant, c'est que je me suis surprise à, une ou deux fois, revenir vers lui, de moi-même, sans qu'il n'ait eu à me menacer juste avant.
C'est étrange comme les relations fonctionnent, parce qu'aujourd'hui, je n'ai pas envie de lui adresser la parole, mais il reste malgré tout mon plus proche ami, celui qui s'est créé sa propre place, même s'il m'arrive de l'éviter encore.
Je ne sais toujours pas offrir mon cœur, et je refuse que quiconque me confie le sien. Mais il arrive que des relations platoniques vous trouvent et vous touchent plus fort que vous ne l'auriez jamais cru.
J'aimerais bien apprendre à aimer pleinement, sans barrières, accepter les joies et les peines, sans redouter les fins, parce que celle-ci est inéluctable, ça, je le sais bien. Mais je ne suis pas obligée de la forcer parce que je sais qu'elle arrivera, qu'importe le temps qu'elle prend. Alors, j'attends et y suis déjà préparée.
Parce que l'éternité n'aurait aucun sens sans épilogue.
27/07/2026
XOXO, by Chxrmx,
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