Je déteste le bruit.
Les grincements de portes, le vent qui frappe contre la fenêtre, le tapotements de doigts contre un écran, les respirations trop fortes, les discussions veines, les voix horripilantes, les cœurs qui s'entrechoquent et les mots qui les réduisent à néants.
Je déteste le bruit. Le timbre singulier d'émotions qui prennent trop de place.
Je le déteste parce que, ma musique à moi, je n'ai jamais été autorisée à la jouer. Elle n'a jamais été écoutée. Entendue parfois, comprise jamais. On l'a étouffée, quand bien même j'étais assez prudente pour ne pas la jouer trop fort. Quand bien même, je me suis toujours assurée à ce qu'elle ne surplomb pas le rythme des autres.
Pourtant, leurs fanfares à eux n'ont aucunes règles. Elles remplissent des pièces et des bâtiments entiers. Elles te suivent par échos, t'oppressent où que tu ailles et t'empêchent de respirer.
Elles t'asphyxient et, souvent, tu n'en ressors pas indemne. Tu n'en ressors pas du tout.
Avec le temps, je crois qu'on finit par s'y habituer. On ne sait plus où elles commencent ni où elles finissent. On ne les entend plus. Ou plutôt, on ne les écoute plus ? Je ne sais pas. J'entends des chansons sans paroles, parfois les connait déjà avant même de reconnaitre le tempo.
Tout ce dont je suis sûre est que je les ai pourtant bien vu, se tirer les cheveux et s'attraper par le col, se lancer des mots difformes et l'air les a absorbés en entiers comme s'il était inenvisageable de n'en laisser ne serait-ce qu'un seul s'échapper.
Je les ai vu et pourtant, tout s'est passé très calmement, sans m'infliger aucun dégât.
Il y en a une de bulle qu'est restée intacte. Elle s'est immiscée en moi sans violence, contrairement à toutes les autres qu'ont explosé dans un éclat sourd et brut que je n'ai ni senti ni entendu.
Le monde ne fait plus de bruit et je ne parviens pas à le comprendre. Je ne sais pas si je suis devenue sourde ou s'il est devenu muet, peut être les deux. Mais ce qui est indéniable est que je reste en marge de celui-ci et qu'il ne m'atteint plus.
Lui aussi a du prendre de la morphine.
Lui comme moi avons été anesthésiés.
La différence est que son orchestre à lui n'a jamais cessé de jouer.
28.07.2026
XOXO, by Chxrmx,