samedi 18 juillet 2026

Letter #001

 J'ai toujours voulu être numéro une.

Première de classe, première à la course, première d'un stupide concours de mathématique.

 Plus que d'être première, je voulais être la meilleure. La meilleure élève, la meilleure des filles, la meilleure en dessin. Je voulais être spéciale, inégalable. Parfaite et ce dans tous les domaines. 

Je crois que j'y étais presque. J'ai longtemps été première de ma classe, il fut un temps. On m'a longtemps acclamée pour diverses raisons. J'étais celle qui courrait le plus vite, la dernière encore debout à la balle au prisonnier sans bouger le petit doigt, celle qui pouvait tout faire. 

J'étais celle-là, mais je n'étais pas reconnue, alors ces titres n'ont en réalité jamais eu aucune valeur. 

J'étais la fille du milieu, celle dont on oublie le nom, celle qu'on ne félicite qu'à moitié. 

J'étais spéciale, c'est vrai. L'intello, la bigleuse, la timide, la muette, la fille bizarre, celle en dehors qui n'a pas l'air de faire partie de la famille. "Pourquoi t'es pas comme ta sœur ?" Oh Dieu combien j'ai entendu cette phrase et pourtant ça n'a jamais été pour me comparer à mes grandes sœurs. Non, à la petite, celle qui est venue après moi mais celle à laquelle j'aurais dû ressembler. D'après leur dire. Après tout, je n'en sais rien, je crois que je n'ai jamais su comment entrer dans le cercle. 

Plus le temps passe, et plus je me rends compte que les compliments ne m'ont jamais vraiment fait plaisir. Pourquoi devrais-je être satisfaite voire fière de ce que tu me dis là ? Dans les faits, je ne crois pas que ça n'ait jamais été une bonne chose. Parce que pourquoi j'ai eu l'impression que ça signifiait que j'étais cassée ?

Quand j'étais en troisième, ma professeure d'anglais a lu par hasard mon journal autobiographique, le devoir le plus relou et amusant que je n'ai jamais réalisé qui traînait ce jour-ci sur le bureau de ma prof de français, parce que je le lui avais réclamé la veille. C'était la fin de l'année, je sortais de ma dernière épreuve écrite du brevet. Je l'ai croisé dans le couloir avant de partir et elle m'a avoué l'avoir lu. Elle m'a dit une chose et je n'aurais jamais cru porter ses mots encore aujourd'hui. 

Elle a dit qu'elle avait aimé, qu'elle avait ri aussi mais surtout que je devais quoiqu'il arrive continuer à écrire.

Evidemment, que j'ai arrêté, parce que la vie m'a englouti. 

Pourtant, l'écriture est une buée, mon assurance, le fil sur lequel je marche, mais il faut croire que rien ne peut battre la morosité du monde extérieur. De mon monde. Celui qui ne me laisse pas le choix, celui dont je ne peut me défaire. Mais il en existe un autre de monde. Mon monde, le mien. Celui dont je ne peux me défaire, celui qui cesse de tourner quand je ne suis plus de la partie.

Alors, voilà pourquoi je continue d'écrire aujourd'hui. 

Parce que 18 ans je n'ai jamais cru une seule fois atteindre et wow, moi qui pensais avoir un bon instinct m'était trompée. Parce qu'il me faut un plan B, peut-être C et D, et que je refuse de laisser cette année être comme toutes les autres. Alors, je m'accroche. Je m'accroche aux mots et aux lettres, mais aussi à tout ce que je peux. Les courbes et les couleurs, les sons et les notes, les plis et la matière, les paraboles et mon espérance. 




18/07/2026

 XOXO by Chxrmx,


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